La vie moderne et ses réalitées touristiques

Comme la bannière du blog l’indique, je suis venu en Chine pour découvrir les différentes cuisines chinoises et approfondir mes liens avec la culture taôiste.

Le Guangdong, région moderne et développée, est aussi un exemple des conséquences du tourisme.
A chaque temple visité, après avoir payé l’onéreux ticket d’entrée, je découvre les lieux vides.
Ces sites autrefois animés sont devenus des musées. Comme au mont de Foshan et son temple bouddhiste, aucune vie monacale ne survit. Déçu, je décide de quitter Canton pour aller à quelques dizaines de kilomètres de là, au mont Luofu célèbre pour ses 30 temples dont 7 sont taôistes, dans l’espoir de découvrir des sites taôistes préservés.

Les voyages en train, puis en car, me laissent supposer que dans cette endroit reculé, j’atteindrai mon objectif.
Une fois sur place, j’achète un billet d’entrée pour accéder à la montagne. Ce premier barrage traversé, je continue.

Peu de temps après j’arrive dans un cadre agréable, fait d’étangs et de pavillons au pied de la montagne. Mais je suis un peu déçu, car je cherche un hôtel pour déposer mes bagages et gravir enfin cette montagne.
Après un petit tour, je m’installe dans un hôtel proche à un prix acceptable. Je change de vêtements car ils sont constamment mouillés sous cette intense chaleur et part en direction du mont Luofu.
Je croise alors de nombreux touristes. Sans m’attarder, je continue mon chemin.
Je rentre dans un temple ou un fois de plus, je dois payer l’entrée.
Les employés qui gardent les lieux, m’accueillent alors déguisés en moine. Ils me harcellent pour que j’achète des babioles. Je fuis rapidement à l’intérieur, et à ma grande surprise, entre les autels et les statuts des divinités, là ou devrait se tenir les activités monastiques, se dressent des échoppes et les marchands, qui me regardent tranquillement avancer vers eux. C’est la même scène qu’à Canton, en pire ! Ce lieu est encore une fois exclusivement touristique.
Je ne me décourage pas et continue mon chemin. Pendant un moment, mon ascension se fait autour d’hôtels et villas en construction, et parfois à l’abandon. Après une montée d’une demi-heure environ, je ne croise plus aucun touriste.
Bizarre! Je me rassure en apercevant parfois des stands qui réapprovisionnent en eau à prix d’or.
Il doit probablement y avoir un passage par ici. Le chemin que j’emprunte seul à travers la jungle sous cette forte chaleur ne me rassure pas. Un drôle d’idée me traverse l’esprit : vais-je rencontrer un de ces serpents chinois inconnu ? Je décide donc de prendre la route qui longe en contrebas le sentier où je suis. Après une nouvelle heure de marche, au milieu de nulle part, se dresse un nouveau « touriste point ». Il faut encore payer pour continuer mon périple.
Je me fâche auprès du gardien, ne comprenant pas pourquoi je dois une fois de plus acheter un ticket, alors que je me trouve exactement au milieu de la montagne. Je lui tends comme certificat, le billet d’entrée que j’ai en ma possession. Le garde, sans prendre en compte ma réclamation, m’explique que chaque billet est valable pour un site précis, pour continuer, je dois payer ce ticket. Je n’ai pas le choix.

Après trois heures de montée le chemin est de plus en plus envahit par la végétation.
A la place d’un espace large et sécurisant, me voici revenu au petit sentier que j’avais évité quelques heures plus tôt. En plein milieu de l’après-midi, dans la fournaise, je n’ai pas envie de redescendre. Restant vigilant je décide de continuer.. Au fur et à mesure de la montée, la route envahie par la végétation s’arrête net. Comme si le chantier avait été arrêté. Ce n’est maintenant qu’un chemin en gravier. Je suis le sentier sans me poser de questions, les vêtements trempés et peu d’eau à ma disposition, je n’ai pas envie de réfléchir. Ce moment d’isolement fut bref …. Je rencontrais avec joie, un peu plus tard, un marchand qui me vendit de l’eau pour cinq fois son prix.
En me rassasiant d’eau, je distinguais au loin des voies plus importantes qui permettent l’ascension de la montagne. Je partis en direction de ces sentiers. Après quelques erreurs je réussis à trouver mon chemin.

Peu de temps après mon départ, j’arrivais sur un vaste lieu habité. Je découvre alors l’arrivée d’un télésiège. Des chinois en sortaient joyeusement en regardant avec étonnement mon visage cramoisi par le soleil. Je comprends mieux pourquoi durant mon parcours, je n’ai pas rencontré âme qui vive. Alors que je pensais mes mauvaises surprises terminées, c’est ici que l’impact touristique me sauta aux yeux.
Epuisé je m’assis sur un banc pour me reposer un peu. Un groupe de touristes qui passait prés de moi m’aborda et resta un moment à discuter. C’était plutôt sympathique de leur part. Par contre en partant, ils laissèrent leurs bouteilles en plastique et autres déchets dans la nature avec désinvolture. Cela me bouleversa, ils venaient pour admirer le paysage mais étaient surtout responsables de sa détérioration. Ils imaginaient peut-être que comme dans les grandes villes quelqu’un venait nettoyer après leur départ.
Je m’aperçus alors que tout autour de moi au abord du chemin, des détritus jonchent le sol et la végétation.
Je suis scandalisé de constater à quel point le contact du tourisme avec la nature à des conséquences déplorables même si chacun affirme admirer le paysage.  Un rappel de faits similaires, au ski en France, ou le long du télésiège, on aperçoit de-ci, de-là des déchets non-dégradables.
En continuant mon chemin, j’aperçus des collégiens qui jetaient leurs canettes de soda qui roulèrent sous mes pieds.
Une bien triste image, loin de ce que j’avais imaginé.
Heureusement, le groupe s’arrêta sur une vaste esplanade rocheuse et abandonna l’ascension.
Je repartis seul, contrarié par ce que je venais de voir. Ce fut le moment, alors que je me sentais en relative sécurité, avec le regain de civilisation dans les parages, que tout prés de moi passait ce serpent tant redouté quelques heures plus tôt.
Par chance, il s’enfuit à ma vue, j’eus juste le temps de distinguer sa couleur vert clair, il n’était pas très gros.
Je restais pourtant serein et entrepris de redescendre sur l’autre versant où se trouvait la plupart des temples, quand le chemin s’arrêta. Pourquoi s’arrête t-il au milieu de nulle part ?
Quel chemin prendre pour aller sur l’autre versant?
C’est alors qu’au loin j’entendis le martèlement d’une hache sur un arbre. Si un bucheron travaille dans les environs, il y a peut-être une autre route menant au sommet.
Je redescendis donc pour bifurquer, guidé par le son du coupeur de bois.
Je les vis très vite, lui couper du bois et sa femme le ramasser. A leur vue, une question me tarauda l’esprit. Pourquoi couper du bois très haut dans la montagne et rien pour le transporter?
Pris dans cette réflexion, j’avançais sur le sentier qui se termina rapidement.
Aucun moyen pour accéder à l’autre versant. Le ciel commençait à s’assombrir, je décidais de rentrer en empruntant le télésiège.
Cela me permit de découvrir la jungle vue du ciel.
Après un court arrêt à l’hôtel, je partis en ville pour diner. Je m’installais dans un petit restaurant tout en mangeant, je discutais avec le cuisinier. Un jeune homme de 27 ans, parlant un autre dialecte que le cantonnais, il m’avoua que c’était la première fois qu’il servait un étranger. La nouvelle qu’il m’annonça au cours de notre discussion me choqua une fois de plus
- « Dans les 7 temples taôistes de la montagne, il n’y a aucun moine, ce ne sont que des employés qui se déguisent en moine taôiste pour travailler. »
- « Dans tous les temples? » insistais-je.
- « Oui, dans tous! ».
Cette révélation me fit comprendre à quel point le tourisme a un impact sur la culture d’aujourd’hui.
Une montagne célèbre pour ses 30 temples, mais pas une seule activité à l’exception du tourisme et des commerces qui lui sont liés. Le lendemain, je pris un taxi-moto pour vérifier ses dires. Au premier temple sur l’autre versant, devant la véracité de ses propos, dépité, le mauvais temps qui arrive, je quittais le mont Luofu pour rentrer à Canton.

Une expérience qui je l’espère, sera différente dans les semaines à venir.
Peut-être que la célébrité d’hier, n’est pas synonyme d’activités aujourd’hui.
Une chose est sûre, le ministère du tourisme qui contrôle les lieux de culte en Chine est visible ici.

J’ai le sentiment que l’apport économique du tourisme est plus important au vue de la politique gouvernementale, que de soutenir cette tradition et culture chinoise. Pourquoi cette montagne qui est pourtant célèbre en chine pour  être un lieu de vie taoïste est-elle vide de ces occupants initiaux?

02/08/2010

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