Le moine taoiste Fan Xinbing

Un matin, me baladant entre les murs du temple taoïste de Wuhan, je fais la connaissance du moine Fan Xinbing. Il prête attention à mes balbutiements en chinois avec beaucoup de gentillesse. Je m’assois et le regarde

(Les photos présentes ici ne sont pas de moi, elles appartiennent au moine Fan Xinbing)

Il enseigne dans la cour du temple à un homme d’une quarantaine d’années le Taïchi à mains nues et un tao à l’épée. De temps à autre un moine ou un autre  lui demande conseil sur l’utilisation du nunchaku avec lequel ils s’entrainent. L’apparition d’un étranger dans ce paysage ne le trouble pas, il reste calme et attentionné,  répond aux questions de chacun. Une atmosphère assez singulière imprègne ce moment, entre les sourires et les éclats de joie, les armes qui tombent à terre et les curieux qui papotent. La tranquillité, le calme, la sérénité règnent.

Le moine Fan Xinbing, 26 ans, est un jeune maitre en art-martiaux (wushu) taoïste. Cet  art lui a été transmis par son père depuis son plus jeune âge, lui-même l’ayant reçu de son propre père. Aujourd’hui, en plus de son travail au temple, les matins et soirs s’il a le temps, il enseigne avec son père (chacun a ses propres disciples) les trois arts internes taoïste (bagua, xingyi et taïchi) au dojo du temple.

Ces trois arts nécessitent plus de force interne  qu’externe, c’est à dire un travail du souffle, une maitrise des mouvements et de l’énergie.

Avant de devenir un expert reconnu, comme je l’ai déjà dit, son entrainement a commencé très jeune. A l’âge de 5 ans, son père lui enseigne les étirements, déplacements et positions du corps qui sont la base de tous les art-martiaux chinois, quelque soit le style (du sud, du nord, musulman, bouddhiste, taoïste,…). Peu après il participe à des compétitions de wushu artistique pour enfant. A 10 ans, il apprend l’exercice de la méditation. Il me raconte qu’à certain moment dans son esprit il pouvait voir sa mère sur son lieu de travail. C’est peu après ses 14 ans que son père l’initie à la boxe interne taoïste, le bagua, le xingyi et le taïchi ainsi que les armes chinoises telle que le bâton, l’épée, le sabre, la lance, la hallebarde et le nunchaku, qui sont utilisés différemment selon le style de boxe employé.  Pour cumuler à la fois son entrainement intensif et une scolarité chinoise qui l’est tout au tant, Fan Xinbing se réveillait chaque matins à 5h pour s’entrainer, puis allait en cours à 8h. Il rentrait le soir à 17h, diner et reprenait l’entrainement. Aujourd’hui encore il vit au même rythme, le travail remplace l’école.
Il continua aussi la compétition de wushu, cette fois en boxe interne et devint champion de Wuhan et de la province du Hubei en « épée de Wudang », Bagua et sabre du bagua. Ce sont maintenant ses spécialités, lors des représentations au temple.

En 2002, il rentre dans une école d’ingénieur en biologie et obtient son diplôme après  trois ans de formation. Ensuite pendant deux ans il enchaîne des petits boulots et finalement en 2007 entre au temple Changchun Guan.

Pourquoi devenir moine taoiste? »Car ici les gens ont un rapport plus proche avec le wushu ».Il apprécie la vie au temple, la pensée taoïste qui l’accompagne.
Il devient l’élève de la grande papesse Wu Chengzhen (courant Quanzhen) qui officie a Wuhan. Encore aujourd’hui, il étudie avec elle la culture taoïste, les textes sacrés, les chants, les instruments de musique, les prières, les rituels des cérémonies.

Il m’explique qu’en ce lieu c’est comme « une sorte d’entreprise« , chacun touche un salaire et travaille au temple, mais il n’y a pas de statut particulier, la fiche de paye est la même pour tous, du moine à la grande papesse. Certaines de ses obligations consistent à prier et bruler de l’encens pour les personnes qui se présentent au temple dans l’espoir d’obtenir une vie meilleure. Il participe aussi aux cérémonies, chants et musique en sont alors des éléments essentiels ainsi que l’offrande de fruits et la prière du moine officiant pour honorer la divinité du jour.

Sur les 5o moines qui vivent au temple, chacun touche un salaire de 2oo euros par mois. Le logement et la nourriture sont fournit gratuitement par le temple.
Fan Xinbing m’explique qu’ici, il n’y a pas vraiment de rapport à l’argent. Malgré son maigre salaire, il m’avoue être heureux ici.

Le problème en Chine me dit-il au cours de la conversation, c’est que la vie est de plus en plus chère pour les chinois, l’écart riche/pauvre s’agrandit. Par exemple, les frais d’inscription à l’université se situent environ entre 600 et 700 euros par an. Des familles  engloutissent  toutes leurs économies pour que leur enfant étudie. La pression est trop forte pour que les étudiants puissent étudier sereinement. Lui, il aimerait bien étudier des langues étrangères mais n’en a pas les moyens. Il constate à quel point la Chine d’aujourd’hui change, les jeunes ne comprennent plus la culture traditionnelle  chinoise, ils s’en désintéressent au profit d’une soif de culture occidentale. Nous plaisantons alors lorsque je lui fais remarquer quand France c’est un peu l’inverse qui se produit depuis quelques années. L’intérêt des français se tourne vers la culture chinoise.

Il me raconte alors le souvenir qu’il garde d’un de ses meilleurs élève, un français aussi, David. Il était venu étudier le bagua. Après un an d’apprentissage, il avait déjà acquis un certain niveau  dans cet art qui avait mérité son respect. « Il est important d’être sérieux et impliqué dans ce que l’on fait ». En me parlant de son élève français, il me précise que pour lui, avoir ou pas un talent naturel ne compte pas, seul l’investissement, le sérieux dans l’apprentissage est primordial à ses yeux.  » Ni la couleur, ni l’origine, seul l’homme importe, sa détermination, ce qu’il entreprend ».

La photo du calendrier accroché au dessus du bureau de sa chambre m’indique  qu’un groupe d’italiens a aussi fréquenté le temple ces derniers temps, peut-être pour étudier ou faire une représentation de bagua. Même si je n’en croisse aucun, il y a de nombreuses visites  d’occidentaux qui viennent  pour ces fameux arts internes taoistes.

Enfin, dernière question, son futur ? Que souhaite t-il entreprendre dans l’avenir?
Il me répond qu’il aimerait continuer à enseigner et diffuser les arts internes taoistes pour que la santé des hommes soit meilleure, leurs esprit plus en paix.
Et s’il en a l’occasion, il désirerait aussi faire du tourisme à l’étranger ou pourquoi pas y diffuser la pensée taoiste et le wushu. Il me confie être très curieux et souhaite connaître nos manières de vivre en Europe, notre culture, notre pensée. Il a parcouru son pays mais le monde reste vaste, plein de surprises, d’aspects différents de l’homme.
En bref, il aimerait découvrir le monde.(dommage, je crois que c’est trop tard cette année pour demander la bourse Pélerin).Mais dans un autre mouvement, il dit qu’ il est attaché à sa vie au temple, « comparer à l’extérieur, ici la vie est plus calme ».
« L’argent est le désir des gens, mais le bonheur n’est pas là, il y a plus important, être heureux de sa vie » Où que l’on soit …

05/07/2010

Une Réponse pour “Le moine taoiste Fan Xinbing”

  1. Redigé par Yili:

    L’argent est le désir des gens, mais le bonheur n’est pas là, il y a plus important, être heureux de sa vie >>>>